Les chiens et les chaînes :

Ou pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ?

Dans mes récentes prises de position à propos des chiens à la chaîne, il semble que plusieurs ont interprété mes propos comme une critique vis à vis des façons de faire qui ne sont pas les miennes.

Je tiens à préciser plusieurs choses:

– Je n’ai pas de vérité et je ne crois pas que personne ne puisse prétendre à une vérité.

– Je ne suis qu’un gamin curieux qui cherche à apprendre et à cultiver le plus de bon karma possible, pour moi et les autres êtres vivant qui m’entoure.

– Il y a un nombre incroyable de choses que l’humanité croyait juste à ce jour et qui ont depuis évolué. Il n’y a pas si longtemps l’esclavage était permis, les femmes n’avaient pas le droit de vote. Tout chose évolues. Il va de soi que notre façon de vivre avec les animaux, les chiens, évolue.

– Exprimer une opinion, exprimer une préférence, avoir un système de valeur n’est pas un jugement ou une critique ou une attaque envers les autres et leur valeur.

– Pour moi la confrontation honnête et sincère des idées est un chemin dynamique qui permet l’évolution, l’apprentissage de nouvelle façon de faire et de grandir comme être humain.

– Je pense qu’un chien est un chien et il a des besoins propres et distincts à son espèce. Le chien est un canidé, l’humain est un primate.

– Bien que je ne sois pas à 100% d’accord avec les propos, les actions et les façons de faire des organisations de promotion du bien-être animal, bien au contraire, j’accueille favorablement d’être challenger dans la façon que je prends soin de mes chiens. Par contre, je n’accorde absolument pas à ces organisations le droit de s’approprier le monopole de la définition du bien-être animal, loin de là. Contrairement à ce que ces groupes proposent, je ne pense pas du tout que la place d’un chien soit uniquement dans mon lit, sur mon fauteuil ou dans ma maison, donc de vivre dans un environnement conçu par et pour des humains. (Même si moi aussi j’aime ça!).

D’ailleurs, ce modèle de cohabitation homme-chien en maison est probablement la plus grande catastrophe, et de loin, et qui cause le plus de dommage pour l’espèce canine, bien avant les chiens gardés à la chaîne quand on considère le nombre d’abandons de chiens, le nombre de chiens en refuge, de la courte durée de vie moyenne des chiens en famille, du nombre effarent d’euthanasie. Si il y’a un scandale, dont ne parle pas, ou peu, ceux-là mêmes qui prétendent défendre le bien-être canine, c’est bien celui-là. Prétendre le contraire est d’une hypocrisie monumentale. Évidemment toute une économie repose sur cette façon de voir les chiens comme un membre de la famille: vétérinaires, fabricants de nourritures pour chiens, entreprises pharmaceutiques, éleveurs, éducateurs canins, services de pension, vendeurs d’accessoire, etc. Juste au Québec, le chien est une business de 1 milliard de dollars/an.

Dans la plupart des pays occidentaux, pour la sécurité des chiens et des humains, la loi exige d’être en tout temps en contrôle des chiens. Nos options sont : garder les chiens dans une maison ou un bâtiment adapté, dans des enclos et parc à chiens, ou attaché à une chaîne ou encore une mixité de tout ça. Dans TOUS les cas des abus, existe. Certains sont plus évidents, extrêmes et spectaculaires comme en témoignent les usines à chiots ou certains chenils et d’autres cas d’abus tout aussi tristes et cruels existent en très grand nombre en silence et subtilement dans les maisons.

Quand on parle de bien-être animal, plus spécifiquement de bien-être canin, on ne peut juste soulever un problème, soit les chiens à la chaîne et le monde du traîneau à chiens et ne pas considérer l’ensemble de l’espèce. On ne peut juste demander à un groupe spécifique de revoir ses pratiques et ne pas faire de même. Nous vivons tous sur la même planète, dans les mêmes sociétés. Le travail en silo ne fait pas avancer la cause des chiens.

Je demeure convaincu qu’aucun être vivant ne peut exprimer le potentiel de son corps, de ses attributs et des comportements que la nature lui a fournis en étant attaché de façon permanente. Sans que cela ne soit démonté scientifiquement, il n’est pas farfelu de penser qu’un chien attaché en permanence puisse subir des problèmes de tout ordre au coup.

Toutefois, le bien-être d’un chien ne se limite pas à la longueur de sa chaîne, la grandeur de son enclos ni au confort sa maison. Le bien-être canin, c’est avant d’offrir aux chiens les soins, la nourriture, la protection, et une vie active qui correspond aux impératifs physiologiques de son espèce, son âge et son état de santé. Le bien-être canin repose sur une myriade de facteur.

La vraie cruauté envers les chiens et la plus répandue et qui fait le plus de dommage et le plus de victimes, et de loin, c’est celle d’empêcher les chiens de faire ce que les chiens font, c’est les empêcher d’exprimer leur répertoire de comportement, c’est de ne pas leur donner accès à leur besoin d’activités. À quoi bon vivre enfermer dans une maison, un enclos ou au bout d’une chaine à ne rien faire?

Bien que je reconnaisse que dans le monde du chien de traîneau il y ait lieu de revoir plusieurs pratiques qui font honte à notre sport, que j’aimerais que plus de mushers se lève et dénonce haut et fort les abus et que ceux-ci prennent collectivement l’initiative au lieu de réagir. J’aimerais également que soient pris en compte les merveilleux accomplissements que ces gens ont réalisés au fil du temps pour mieux comprendre les chiens et leur potentiel dans cet univers qui leur est propre. À en croire les artisans du film Sled Dogs, et ceux qui gravitent autour d’eux, la communauté du mushing est un ramassis d’individu cruel et sans pitié. Je suis désolé, mais il n’y a pas plus de criminel et d’exploiteur de chiens dans le monde du mushing que dans le reste de la population.

En près de 15 ans dans le monde du traîneau à chiens, même si je n’aime pas particulièrement voir des chiens attachés, j’ai vu des situations désolantes, mais légales, mais j’ai surtout été témoins de gens qui recherche constamment la meilleure nutrition, à donner meilleurs soins vétérinaires, des massages, du jeu, de l’amour, j’ai surtout vu des chiens qui ont accès à une vie très active, dans le plus grand respect. Une vie que bien des chiens de maison ne peuvent même pas rêver. Évidemment on parle d’une vie de chien, et non pas d’une vie d’humain.

J’en ai plus qu’assez que l’on fasse autant de généralisation sur mon sport que l’on place tous les « mushers » dans le même bateau. Notre communauté a sa part de responsabilité, mais pas besoin de l’accabler de tous les maux. L’urgence de revoir les pratiques de ce sport ne justifie pas de laisser entendre que tout est noir et de salir la réputation de tous les mushers par association. Des réputations sont atteintes et ça ne peut pas être pris la légère. La diffamation est un crime.

La nature, les chiens, les gens méritent le respect, la considération et la compassion, même ceux avec qui nous pouvons être en désaccord, même ceux contre lesquels nous luttons. Nous sommes tous également importants, ne pouvons pas de défendre l’un au détriment de l’autre. Quand on perd le sens du respect et de la compassion, on perd le sens de la vie.

Pour moi une pratique éthique du traineau à chiens, que ce soit en course, comme divertissement, ou pour des ballades avec des touristes, c’est une pratique ou l’intérêt du chien est placé AVANT tout.

Si on conviens de demander des comptes au monde du mushing, on doit convenir aussi de demander des comtes aux autres « parent » de chien.

Le monde du traîneau à un examen de conscience à faire, sans aucun doute. Mais la population en générale et les organisations de promotions du bien-être animales ont aussi un examen de conscience à faire.

Je souhaite à tout le monde de cultiver l’art de se remettre en question, de cultiver l’art de l’humilité, de découvrir les toutes les nuances entre le noir et le blanc.