Pourquoi court-ils? Pourquoi faire du traîneau à chiens en 2017?

À contrario du film Sled Dogs Film, que je n’ai toujours pas vue, mais les échos semblent ne laisser aucune ambiguïté: les courses de chiens de traîneau, c’est mal, les ballades pour les touristes, c’est mal, l’équipe de l’Iditarod, visé par le film réplique, par leur propre film et on peut tous le voir, gratuitement ici: Why Do They Run.

Pour moi, ce que j’apprécie du bruit que le film Sled Dogs Film à fait, sans avoir vu le film, c’est que ça bouscule, ça fait réagir, ça soulève de la poussière. Ça fait que ceux qui ont des choses à se reprocher vont commencer à se sentir plus seul, d’autre vont se remettre en question, bref, ça éveille des consciences et ont espères que les chiens en sortiront gagnant.

Alors que Sled Dogs Film semble être définitivement être plus un film d’opinion qu’un documentaire objectif, le film Why do They Run prend le contre-pied du propos de l’autre. Mais on y trouve aussi une forme d’idéologie. On y évoque la riche histoire, l’héroïsme, l’encadrement vétérinaire, le support de la science, et on y va avec une bonne dose d’anthropomorphisme. « Les chiens aiment ça » (quel sont les paramètres qui permet une affirmation semblable?) et y on présente les vedettes, l’élite de ce sport qui ne représente certes pas l’ensemble de ce monde fascinant qui gravite et aspire à cette aventure. On admet que oui, cette course est difficile, mais qu’il n’y a pas d’exploit sans effort et que les chiens ont tellement besoin de ça, que c’est une honte de ne pas les laisser faire cette course… Mais je n’y trouve pas une réponse satisfaisante à savoir pourquoi il court.

Maintenant que les deux camps ont fait leurs spectacles, parce que d’un côté on semble dire que la seule façon de vivre avec un chien, c’est qu’il vive dans une maison, et de l’autre on vend du rêve et on voudrait juste continuer ce que l’on a toujours fait. Ce serait intéressant d’avoir une vraie discussion, avec des faits ou avec un souci de recherche pour avancer nos connaissances notre compréhension. Puisque dans la vie, à part le jour et la nuit, rien n’est noir ou blanc.

Dans le monde du chien, ce qui est sur, c’est qu’il manque encore beaucoup, beaucoup de « data » pour pouvoir affirmer quoi que ce soit, de part et d’autre. Par exemple, je regardais une séminaire d’une vétérinaire de l’armée américaine qui à été déployer en Irak et autres qui affirmais: « en 2016, on ne sais encore rien et peut être pas encore avant 4 ou 5 ans sur la température maximal à laquelle on peut exposer un chien. Il y’a des études oui, mais avec des échantillons trop limités pour en faire une affirmation scientifique acceptable. » C’est une représentante d’une entité de recherche probablement la plus puissante au monde qui affirme ça… Tout reste à dire sur ce qu’est un chien, ses besoins, et les limites acceptables de l’usage à en faire ou pas.

Bien que je suis un ardent défenseur du bien-être canin, je ne crois pas nécessaire que mes chiens dorment dans mon lit (je sais, j’exagère) pour qu’ils soient heureux. Je n’ai rien contre le fait que des animaux conçus à cet effet (chiens nordiques) vivent à l’extérieur avec des abris conséquents. Je n’ai rien contre que des gens possèdent plusieurs chiens s’ils ont les ressources, dans tous les sens du terme, pour voir à leurs besoins, bien que cela prête encore grandement à interprétation. Je fais du traîneau, j’adore, ça, c’est une passion qui mange mon fonds de pension dirais mon beau père.

Alors pourquoi courent-ils et c’est quoi le problème?

Pourquoi court-ils? Pourquoi faire du traîneau à chiens en 2017?

Je tente ici une explication bien imparfaite que j’aimerais voir enrichir et pour contribuer au débat. Je n’ai absolument pas la prétention d’avoir tout compris, bien au contraire.

Donc, à mon humble avis, le chien court parce qu’on tire profit de ce qui peut être à la fois sa force et sa faiblesse, soit sa grande capacité à être conditionné. La science a démontrée que l’on peut conditionner un chien à faire n’importe quoi, même si ça lui fait mal, lui cause du tort ou que ça ne soit absolument pas dans son intérêt (Les chiens de combats par exemple.)

Le chien court parce qu’il peut, parce que ça libère de l’énergie, et ensuite parce qu’il appréciera, comme quiconque fait du sport, la diffusion d’endorphine, de dopamine sans laquelle personne ne participerais à aucune course d’endurance. La répétition de cette activité de course va conditionner le chien. À mon sens, c’est pour ça qu’il court, parce qu’on lui induit ce comportement. Tellement qu’il leur est devenu pratiquement impossible de ne pas le faire, ils sont conditionnés depuis tout petit à ne faire que ça. C’est certes moins romantique, que ce que le film propose comme réponse à « Why they run », mais, à ce jour, c’est ma compréhension et ce film ne m’amène pas d’autres explications.

C’est quoi le problème?
Dans un premier temps, pour moi, et c’est bien personnel, c’est l’idée de m’imposer à un être vivant qui en définitive subit mes pulsons, ma passion et mes choix. Dans le sens ou si je choisis de m’investir de la mission de gagner la médaille d’or du marathon au prochain jeu olympique (bonne chance!), et bien je devrais m’astreindre à une discipline de fer, à un entrainement extrêmement rigoureux, une diète stricte pour pourvoir me dépasser, allé au bout de mes limites au risque de me blesser. Et ce sport aura des impacts importants sur mon corps. On sait tous maintenant que le sport d’élite n’est pas un gage de santé. Alors, le fait d’imposer mes choix à un autre être vivant m’indispose. Mes chiens n’ont pas demandé cette intensité et non pas besoin de souffrir de mes ambitions personnel.

En définitive, c’est de notre rapport aux animaux qui est au fond de la question. Est que les chiens sont à notre disposition? Jusqu’au ou peut-on ou doit-on les impliquer dans ce sport alors que nos vies ne sont pas en jeux comme autrefois? Quand j’entends parlé des vétérinaires des recherches effectuées sur les chiens de traineaux et comment la science avance grâce à ces courses, bien que ça m’intéresse au plus haut point, ça me fait penser au débat sur les rats de laboratoires et je ne suis pas certain non plus de ce qui est bien.

Aussi le problème est que quand le démon de la compétition s’installe, et bien toute la chaîne de production est impliqué. Dans le film « Why they run » on avance que ces chiens tirent de façon innée dès que l’on leur met un harnais, comme un labrador rapporte une balle de façon innée. Pourtant, je n’ose pas imaginer le nombre de portée de chiens que le monde du chien de traîneau pour sélectionner une équipe de champion de quelque 14 chient. Où sont tous ces autres chiens?

Le problème, aussi, comme je le disais, plus haut, le film « Why they run » nous présentes les vedettes de l’Iditarod et les vedettes les plus « sures » les moins controversées. Des vedettes qui ont des moyens financiers alors que derrière eux, ce cache un monde moins glorieux, un grand nombre de personnes attirées par l’aventure, qui ne vivent avec trois fois rien et leur passion pour prendre soin de chiens avec des résultats pas réjouissant.

Et moi, pourquoi je les fais courir?
Bien franchement je n’ai pas encore trouvé une réponse claire. J’adore la présence des chiens, leur spontanéité, ce sont des êtres qui contrairement à moi et malgré mon « yoga » sont toujours dans le moment présent. Ça permet un contact inégalé avec la nature, c’est indescriptible, comme un appel, l’appel de la foret comme celui de Jack London. J’ai gouté à la course et je recommencerai. J’ose croire que nos chiens sont bien, qu’ils ne subissent pas trop nos choix. On y met tout notre temps, plus de 80 heures semaines, tout notre coeur et tous nos sous, en sachant qu’il reste tant à faire et à apprendre. Je sais aussi qu’ils sont vulnérables et que la ligne est très mince et difficile à voir entre la collaboration et l’exploitation. Alors j’évolue peut-être dans l’excès de la protection de nos chiens dirons certains de mes confrères, puisque pour nous, l’idée qu’un chien se blesse ou soit pas bien à cause de nos choix, ce n’est pas acceptable. C’est peut-être aussi pour me donner bonne conscience.

Pour nous, la seule et bonne raison de faire du traîneau, c’est quand c’est fait pour répondre à l’ensemble leurs besoins d’activités, leurs besoins physiques, physiologiques et affectifs.

Et selon vous, pourquoi court-ils?