Le bien-être des chiens de traineau, un débat qui a du mordant!

Plusieurs personnes nous ont interpelés pour nous dire leur malaise au sujet de photos reflétant les conditions de vie de chiens en chenil de traineaux à chiens à vocation commerciale dans les médias sociaux. J’aimerais apporter quelques éléments à la réflexion/discussion qu’en au bien-être des chiens de traineau.

D’abord il est intéressant de noter à quel point les perceptions sont divergentes selon la nature de nos interactions avec les chiens (utilité, travail ou loisir), notre milieu de vie (urbain ou non), notre bagage de connaissances, de formations et d’expériences.

Tous semblent convaincus d’avoir raison et ont la certitude de connaître plus que les autres la façon de pourvoir aux besoins des chiens et pourtant je pense que l’on en sait tellement moins que plus sur les chiens. Il n’existe encore que très peu d’études d’ampleur significative qui permettraient de mieux comprendre les chiens. Et plusieurs études que l’on croyaient déterminantes se sont trouvées contredites par leur propre auteur  durant la poursuite de leurs travaux. À mon humble avis, de part et d’autre, il serait intéressant de questionner plutôt qu’affirmer.

En voyant ces photos ce qui m’interpelle n’est pas tant les installations, très communes dans le traineau à chiens et qui semblent plutôt propre et à l’ordre. Pour moi un chien qui mange une poule n’a rien de bien différent d’un renard ou un coyote qui fait la même chose. Je suis assez certain que ce chenil est règlementaire, et donc, les conditions de vies de ces chiens représenteraient ce que la société tolère en 2017. L’état vient à peine de changer le statut légal du chien qui est passé d’un objet à un être sensible pouvant ressentir stress et douleur. Ce qui en dit long sur la considération que nous avons collectivement envers les animaux, puisque cela ne concerne pas juste un chenil ou un propriétaire de chien, mais l’ensemble des élevages d’animaux et finalement de la population, qui est en définitive responsable, via nos élus du cadre réglementaire actuel.

L’organisation du chenil sur ces photos donne à penser que les chiens dans ce chenil sont un produit de divertissement. Les niches en rangées et la longueur de chaîne permettent de manipuler rapidement et efficacement les chiens dans le cadre des opérations. Ça permet une meilleure efficacité d’entretien: nettoyage des crottes, nutrition, eau, changement de paille. L’objectif de cette organisation ne diffère en rien des autres entreprises agricoles ou autres qui recherchent légitiment aussi l’efficacité.

Je suis de ceux qui pensent que de nos jours, quand on choisit d’avoir des animaux, on choisit aussi la responsabilité de leur offrir le meilleur environnement possible, les meilleures conditions de vie possible. Il est normal et souhaitable que l’accessibilité sociale du traitement des animaux évolue et quand on a des animaux, on doit s’adapter à l’évolution de la société. Je pense aussi qu’il est sain que les questions de bien-être animal n’impliquent pas juste les propriétaires d’animaux. Bien que ceux-ci ont une indéniable expérience, tous ne sont pas égaux dans leur formation et leur connaissance. Ce n’est pas parce que j’ai eu des chiens toute ma vie que je sais tout, loin de là.

Il faut admettre que plus personne n’a « besoin » de faire du traîneau à chiens. Aussi, comme on ne fait du traîneau que pour s’amuser, même si c’est fait commercialement, rien, mais rien ne doit être sacrifié pour protéger les chiens. Comme pour toutes activités faites avec des animaux. Il est nécessaire de ne pas laisser nos intérêts personnels prendre le dessus, il est facile de s’emporter, de chercher à vouloir aller trop loin, trop vite. Il est facile de perdre de vue que le chien, lui, n’a pas demandé ce sport.

En définitive ce sont des perceptions de la relation entre les hommes et les chiens, les animaux, la nature qui s’affrontent et tout n’est pas noir et blanc. Exploitation et/ou collaboration? Est-ce que les chiens sont des objets à notre disposition? Devons-nous cohabiter dans le respect des besoins de chacun ou devons-nous utiliser les chiens selon nos besoins ? Sommes-nous au clair sur ce que ce sont nos besoins et ceux des chiens?

Soyons vigilants, soyons curieux, soyons humbles.

Je me sens le besoin de rappeler l’importance de connaitre le contexte avant de pointer du doigt. Nous avons choisi de garder nos chiens enclos, ce qui peut paraitre bien, mais si je les laisse là, seuls, sans rien faire, ce n’est pas bien mieux que de les garder à la chaîne, bien que l’on peut se demander quel est l’impact de la chaîne sur le cou, les voix, respiratoires et sanguines, la trachée, etc. (pas d’étude significative à ce jour à ma connaissance). Il est donc de mise d’être prudent, la présomption d’innocence s’applique à tous aux risques de causer des préjudices inutiles.

Ceci dit, comme l’industrie de la musique a dûe changer de modèle économique et s’adapter à de nouvelles réalités, ceux qui comme moi qui ont choisi de vivre avec des chiens/animaux, devront s’adapter à une nouvelle réalité émergente au risque de fermer leurs portes. La population est de plus en plus sensible à la qualité de vie des animaux, que l’on partage ou non ces valeurs. La population ne se laissera pas convaincre que de garder des chiens à la chaine à vie est une bonne chose, à tort ou à raison.

Je vous invite à faire des choix basés sur leurs valeurs. Si vous êtes inquiétés de la conditions de vie des chiens, partagez vos inquiétudes aux autorités compétentes. Tous les chenils sérieux accueillent avec plaisir les inspections. Puisque que quand on a à coeur le bien-être des chiens, on a rien à cacher. Se faire inspecter est une occasion de revoir ses pratiques, de ne rien tenir pour acquis, une occasion de voir ce que le quotidien parfois nous cache ou rend flou. C’est une occasion de pouvoir peut-être faire encore mieux pour nos chiens.

Il ne faut pas se faire d’illusion, si des chenils qui ne correspondent pas à vos valeurs existent, c’est que des gens les fréquentent.

Personnellement, vous ne serez pas surpris, je préfère mettre plus d’argent, de temps, pour ce qui m’apparait plus juste  pour mes chiens selon mes valeurs, au mieux de mes connaissances et de mes moyens à ce jour. Je préfère diversifier mes opérations pour éviter de réduire nos chiens à de simples outils de production économique. Ce sont nos enfants, notre famille.

Ai-je raison? À ce jour, d’’un point de vue « affaires », si j’en juge le succès commercial présumé des grands chenils VS le nôtre, rien n’est moins sûr. Toutefois je vis très bien avec mes choix et mes valeurs et avec Anne-Marie, on fait le pari qu’a long terme nos façons de faire rejoindront plus de gens.

Pour ceux qui ne connaissent pas la règlementation en vigueur sur la garde de chiens : https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/Guide_reglement_chats_chiens.pdf