Ces derniers jours je farfouille sur Internet pour voir un peu ce qui ce fait dans le monde du traîneau à chiens, question de voir ce que l’on pourrait faire de mieux, etc., un sujet sur lequel je vous reviens d’ailleurs bientôt.

Une chose m’a frappé. Beaucoup de sites parlent de l’origine du chien de traîneau et beaucoup parlent du loup comme étant l’ancêtre du chien et laisse même entendre que les chiens de traîneau sont des chiens-loups. Donc selon eux, le chien est comme un loup et se comporte comme tel.

Le professeur Ray Coppinger* présente une autre hypothèse, le chien serait une espèce voisine ayant vu le jour suite aux différents croisements entre les loups, les coyotes, les chacals et le loup rouge. Le chien serait donc issu d’une hybridation. Pour lui, d’ailleurs peu importe l’origine exacte du chien, le principe n’étant pas de savoir si le chien descend du loup, puisqu’il est indéniable que les deux espèces sont parente, mais de comprendre que le chien est issu d’un échange de gênes multiples et ce, sur plusieurs milliers d’années. Ce qui fait que le chien et le loup sont distincts de par leur morphologie et de par leur comportement.

Il constate: « personne n’a jamais réussi au cirque à présenter de numéro avec un loup dressé ». On doit donc se demander ce que pouvait bien avoir de si particulier, voilà environ 15 000 ans, le loup d’Asie Orientale, pour « accoucher » du chien, compagnon sans lequel l’histoire de l’homme aurait certainement été bien différente ».

Ce qu’il a pu constater au fil de ses recherches, ce sont les différences importantes qui existent entre le loup et le chien. En voici quelque une:

Le loup n’aboie pas, la différence précise avec l’aboiement du chien, c’est la fréquence du signal vocal d’alerte. Le loup émet un signal et s’en va, le chien aboie plusieurs fois pour faire partir.

Le loup, même imprégné à l’humain demeure très indépendante et recherche à s’en éloigner, son « espace » personnel est beaucoup plus important à ses yeux que pour le chien.

Le loup a une taille de tête beaucoup plus grande que le chien à poids égal. Si le chien descendait du loup, selon les lois de l’évolution élaborées par Darwin qui montrent que la vie va du moins complexe au plus complexe, il serait bien plus complexe avec un cerveau plus grand.

Le loup a des molaires beaucoup plus grosses que le chien à poids égal.

Le loup a une peau moins épaisse que le chien (les Inuits se sont aperçus que leur pantalon en peau de loup tiennent environ une saison, ceux en peau de chiens environ 6 ans!!).

Le loup se reproduit en fonction des saisons, de l’été jusqu’en automne les loups mâles sont en période de repos, ils présentent alors une diminution de la grosseur des testicules, ils sont incapables de saillir même si on leur présentait une louve ou une chienne en chaleur.

Le loup présente une période de socialisation possible jusqu’à 19 jours après la naissance. Les dresseurs qui utilisent des loups enlèvent d’ailleurs les louveteaux à la mère pour pouvoir les imprégner sur eux en alimentant le bébé au biberon. Au-delà de ces 19 jours, le loup ne deviendra jamais éducable. (chien 16 semaines).

Le loup est beaucoup moins rapide que le chien sur une longue distance.

La louve doit avoir atteint un certain poids corporel pour pouvoir tomber en chaleur et avoir la capacité de reproduire.

Le loup ne mange pas en présence de l’être humain (si vous jetez de la nourriture, il prend et s’en va plus loin, voir se cacher pour pouvoir la manger). Les chiens de village ou les groupes sociaux de chiens mangent dans les décharges à proximité des l’être humain sans aucun problème.

Pour Coppinger, intégrer un loup, ou du loup dans une équipe de traineau à chien, c’est non seulement régresser en terme d’efficacité, parce que plus lent, incapable de se synchroniser avec les autres (la synchronicité** est fondamental pour une équipe de chien de traîneau, ça permet une meilleure glisse, une meilleure glisse demande moins d’énergie aux chiens, mais aussi, ça permet plus de confort et de fluidité dans la gestuelle des chiens et dons moins de risque blessures puisqu’en synchronicité, la charge est mieux répartie), mais c’est aussi courir après des problèmes puisque les deux espèces animales ne répondent pas au même patron moteur comportemental.

Domestication

Beaucoup de chercheurs et de scientifique pensent que l’homme serait allé chercher ou rencontrer des loups moins craintifs pour pouvoir les domestiquer, les apprivoiser, les élever et les faire devenir à long terme les chiens que l’on connaît. Pour lui il est impossible qu’il y ait eu adoption du loup par l’homme, par contre il pense qu’il y a eu adoption de l’homme par le loup chien.

En effet le professeur Coppinger pense que cette adoption s’est passée lorsque les hommes du Mésolothique ont commencé à vivre en village. Ils construisent des maisons permanentes et deviennent sédentaires.

Avec la sédentarisation, les déchets, les décharges sont apparues, et des loups chien attirés par de la nourriture facile se sont installés dans cet environnement. Plus besoin chercher la nourriture, plus besoin de chasser, le garde-manger était là en permanence sans effort.

Ils sont devenus alors ce que Mr Coppinger appelle des chiens de village. Le chien de village n’est pas un animal de meute au même sens que l’est un loup. Bien que les chiens aient chacun leur territoire et habitent un espace solitaire, ils ne sont pas asociaux. Ils se sont adaptés pour se nourrir dans les villages (petites dents, petite tête et petit cerveau) et le comportement qu’ils ont pour se nourrir est spécifique à leur environnement). Cela signifie qu’ils attendent seuls la nourriture, et non pas de façon coopérative. Et ils sont « conscients » que les humains sont la source de leur nourriture. Ainsi, ils se focalisent sur l’activité humaine, plutôt que d’éviter l’activité humaine.

Certains chiens moins craintifs vont s’approcher de plus en plus près des hommes et vont cohabiter avec lui en les accompagnant dans certaines activités par exemple en suivant le berger qui part garder son troupeau. Quelquefois les enfants vont rencontrer de très jeunes chiots et rentrer en communication avec, en jouant et en s’amusant. Éventuellement, l’humain va sélectionner des individus ou des caractères qui lui seront utile et nous voilà avec près de 400 espèces canine… C’est certes une perspective moins romantique que la capture d’un loup sauvage par un héro humain…

Mais qu’est-ce que ça donne de savoir ça?

Cette idée que le chien vient du loup nourrit le modèle universellement connu de relation homme chien dit de la hiérarchie. Ce modèle simplifie toutes les interactions en un simple rapport de dominance et de soumission. Ainsi, selon ce modèle, nous avons à nous assurer de démontrer notre autorité, d’éliminer au chien tout privilège pouvant perturber cet équilibre. Ainsi le chien fait ce qu’on lui demande parce qu’il a peur et non parce que ça lui fait plaisir. De par sa différence du loup, le chien à démontrer sa capacité à apprendre et les recherches Skinner*** et autres ont démontré que l’on peut éduquer le chien par conditionnement et lui éviter de vivre dans le stress. On a pu aussi constater que le stress mène à la peur, que la peur mène à l’agression, que l’agression n’est qu’une réponse à la peur ayant pour objectifs de réduire, éloigner ou éliminer l’objet de sa peur. Voyez ou on veut en venir…

Bien sûr, s’y ont y tiens, on peut ramener tous les comportements du chien terme de jeu de pouvoir. Le chien est un donc un être assoiffé de pourvoir, alors qu’il peine à se reconnaitre dans un miroir… La vraie question est: à qui profite cette façon d’appréhender les rapports entre l’homme et le chien? Certains avance l’idée que l’homme ayant délégué ou perdu le contrôle de sa vie, se reprends tant bien que mal sur ce qu’il peut…

*Biologiste, éleveur, formateur, et musher champion de course de chiens de traîneau, Raymond Coppinger cumule plus de quatre décennies d’expérience avec littéralement des milliers de chiens, offrant une perspective scientifiquement éclairée sur les canines et leurs relations avec les êtres humains. Le Professeur Ray Coppinger a passé sa vie professionnelle et privée à étudier le comportement des chiens, depuis leurs origines jusqu’à leurs relations avec les hommes. Il a parcouru le globe en étudiant aussi bien les meutes de chiens sauvages de l’île de Pemba que les chiens de traîneaux de l’Arctique. Il est reconnu comme le père de la nouvelle théorie de l’évolution des loups aux chiens. Ses travaux concernent également les effets de la domestication sur la morphologie, la physiologie et le comportement des chiens. Il a en outre étudié les chiens gardiens de troupeaux et les chiens de berger. Avec sa femme, Lorna Coppinger, auteur de The World Of Sled Dogs – From Siberia to Sports, ils ont écris: Dogs: A New Understanding of Canine Origin, Behavior and Evolution

** Un des grands défis du « musher » est d’essayé de composé son équipe de pair de chien compatible et, autant que possible, ayant le même gabarit, le même empattement, de repérer les gauchers et les droitiers et donc de placer le droitier à droite, le gaucher à gauche, de les amener, encore une foi autant que possible, à avoir le même rythme, bref de courir en synchro.

***Burrhus Frederic Skinner est un psychologue et un penseur américain. Fondateur du comportementalisme radical, il a été fortement influencé par les travaux d’Ivan Pavlov et ceux du premier comportementaliste John Watson. Il a été élu par ses pairs comme l’un des psychologues les plus importants du xxe siècle et aussi comme l’un des scientifiques les plus influents de ce siècle. Sa contribution théorique majeure en psychologie est le concept de conditionnement opérant, qu’il distingue du conditionnement classique pavlovien ou conditionnement répondant. L’approche pavlovienne consiste à démontrer qu’un stimulus, différent de celui en vigueur dans l’environnement de l’animal, peut générer la même réponse comportementale. Exemple : une cloche va générer la salive chez le chien, à la place de l’excitation gustative. Pour Skinner cette approche explicative péchait par une omission de taille : elle ne prenait pas en compte l’action de l’environnement après qu’une réponse a été produite. Autrement dit, un chien peut effectivement saliver à la suite d’un son de cloche, mais pour Skinner cela vient du résultat de ce qui se passe ensuite : si l’acte de saliver est récompensé ou non. S’il est récompensé, alors la cloche deviendra le stimulus opérant, si l’acte n’est pas récompensé alors elle ne le sera pas. Sur cette base Skinner fait apparaître la notion de « contingence de renforcement » pour désigner l’environnement qui va produire le comportement.