Le traineau à chiens, une forme d’exploitation animale?

Un « documentaire » sur le traîneau à chiens est sur le point de paraitre au canada anglais et propose un point de vue sombre de ce sport. Sur leur site, qui ne semble plus disponible: http://sleddogsfilm.com/, on suggère carrément de bannir ce sport, on assume que tous les chiens de traineau subissent une vie de souffrance et on dresse une liste d’entreprises à bannir. On peut donc se poser la question: le traineau à chiens est-ce une forme d’exploitation animale?

La relation de l’homme et des animaux évolue à la vitesse grand V. Il n’y a pas si longtemps, personne ou si peu, ne se souciait du bien-être des animaux. De nos jours certains songent même à interdire l’observation d’animaux.

Les animaux ont depuis la nuit des temps contribuer à la survie de l’humain de multiples façons. Comment aurait-on pu faire l’agriculture sans chevaux, sans boeuf pour labourer nos champs et transporter les denrées aux marchés, aux villes. Comment aurait-on pu construire nos villes, nos maisons de bois sans chevaux pour sortir et transporter le bois?

Les chiens quant à eux ont protégé l’humain, l’ont défendu au péril de leur vie. Ils l’ont cherché et trouvé dans des avalanches et autres situations, ont gardé ses troupeaux, ont détecté des mines anti personnelles, transporté des messages importants, etc. Les chiens de traineau ont depuis 6000 ans accompagnés l’homme dans ses déplacements, explorations, le transport de ses biens, bref dans sa survie comme en témoignent les livres d’histoire.

Nos conditions de vie, avant les quelques dizaines dernières années, ne laissaient guère le luxe ou le temps de réfléchir à la qualité de vie de ces animaux. Un arbre, une plante, une pierre, un cheval,la même chose; des outils. Il est indéniable que la relation des hommes et des animaux a longtemps été et est encore à l’avantage de l’homme au détriment de l’animal. Qui aurait voulu être un cheval au temps des camps de bucherons? Sans aucun doute, l’homme a exploité les animaux. Comment pouvait-il en être autrement?

De nos jours, il reste bien peu de tâches que l’humain ne peut accomplir de meilleure façon qu’en utilisant des animaux. Dans ce contexte, on peut et on doit remettre en question le fait de contraindre des animaux à accomplir des tâches qui ne nous sont plus « essentielles », de revoir notre rapport aux animaux. Certains poussent plus loin et suggèrent de laisser les animaux en paix. Certains groupes remettent en questions la pertinence d’activités d’observation de l’ours, de nage avec les dauphins, de traineau à chiens, et s’interrogent avec raison de l’impact de ces activités sur la qualité de vie ces animaux. Aujourd’hui, si on possède des animaux, c’est par choix et non par nécessité. Même qu’avoir des animaux, c’est un luxe considérant les coûts et les responsabilités inhérentes.

Personne n’a « besoin » de faire du traîneau à chiens. Alors, pourquoi continuer d’en faire?

Pratiquée dans les règles de l’art, cette activité permet de répondre de très belle façon aux besoins d’activités du chien tels que décrit par le vétérinaire comportementalisme belge Joel Dehasse dans son livre « Mon chien est heureux : Jeux, exercices et astuces ».

Le sport de traîneau procure aux chiens l’activité de locomotion de par la course, l’activité cognitive de par l’éducation nécessaire pour obtenir sa collaboration dans la tâche complexe qu’est de courir en équipe, l’activité de socialisation impérative dans ce sport, l’activité du jeu sans lequel rien n’est plaisant, les activités alimentaires, masticatoires, la sécurité, en plus de tous les soins nécessaires à leur condition d’athlètes.

À partir de là, la pratique récréative du traîneau à chiens favorise un contact unique avec la nature qui aide grandement à repositionner notre rapport à celle-ci. C’est aussi une excellente façon de réaliser l’impact que nous avons sur les animaux et l’environnement. Puisque prendre soin des animaux, de la nature, c’est prendre soin de soi et des autres.

Il est normal et souhaitable que l’acceptabilité sociale du traitement des animaux évolue et quand on a des animaux, on doit s’adapter à l’évolution de la société. Je pense aussi qu’il est sain que les questions de bien-être animal n’impliquent pas seulement les propriétaires d’animaux. Bien que ceux-ci ont une indéniable expérience, tous ne sont pas égaux dans leur formation, leurs connaissances. Ce n’est pas parce que « j’ai eu des chiens toute ma vie que je sais tout », loin de là.

Comme on ne fait du traîneau que pour s’amuser, rien, mais rien ne doit être sacrifié pour protéger à tous points de vue les chiens et leur offrir un milieu de vie sécuritaire et stimulant. Si on choisit des animaux, on choisit aussi la responsabilité de leur offrir le meilleur environnement possible, les meilleures conditions de vie possible.

Est-ce que tous les chiens ont accès aux meilleures conditions de vie possible dans le monde du traîneau à chiens? Probablement pas. Pourrait-on faire mieux? On peut toujours faire mieux. Est-ce que des gens exploitent et maltraitent des chiens? Oui. Est-ce acceptable? Non. Est-ce que tous les « mushers » maltraitent leur chiens? Je demande alors: Est-ce que tous les hommes sont des criminels?

Une relation homme-animal saine et profitable à tous est fait possible. Comme une relation saine de l’humain à l’humain est possible. Mais l’humain étant ce qu’il est, c’est pas nécessairement facile, il semble qu’il doit se réguler pour y arriver.

Les confrontations, la diffamation, les procès d’intention et les interdictions n’ont jamais fait évoluer quoi que ce soit ni qui que ce soit. Seuls la formation, l’éducation de part et d’autre, et un encadrement règlementaire peuvent protéger les chiens.

Pour notre part, ce sont des centaines de personnes chaque année qui sont venues se ressourcer auprès des chiens, qui ont repris contact avec la nature, leur nature, qui ont eu le sentiment de contribuer à l’épanouissement de ces chiens qui ont grandement besoin de se dépenser.

Nous avons choisi d’offrir à nos chiens une vie sans chaîne, en enclos et parc à chiens et d’appliquer un code d’éthique inspiré par le code de pratique du traineau à chiens de la province de la Colombie-Britannique créé en 2012 par la communauté universitaire, le gouvernement du CB, des vétérinaires, des organismes de défense du bien-être animal et de l’industrie de du traîneau à chiens de cette province. De même que d’utiliser exclusivement le renforcement positif et les techniques de Tellington Touch pour l’entraînement et l’éducation de nos chiens. Nous ne proposons pas une randonnée de traîneau à chiens, mais bien une expérience de vie!

Comme l’immense majorité de nos collègues, chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour nous tentons d’améliorer nos installations, nos compétences, la qualité de vie de nos chiens. Parce que tout évolue et que personne ne peut prétendre jamais avoir fini d’apprendre, de faire mieux et que la ligne peut être mince entre la collaboration et l’exploitation.

Nous en appelons à tous les mushers et amateurs des sports canins attelés à s’engager haut et fort pour le bien-être canin. Et surtout à nous raconter tout ce qui se passe et ce que vous faites de beau et merveilleux pour vos chiens.

Parce que tous les ans, des milliers de personnes sortent grandies de leur expérience de traineau à chiens.